Améliorer la connaissance des effets du bruit environnemental sur le sommeil des Franciliens : des premiers résultats issus de l’étude SOMNIBRUIT

Le bruit environnemental représente un enjeu de santé publique majeur, en particulier en Île-de-France, car il s’agit de l’un des facteurs les plus importants contribuant à la détérioration de la qualité de vie des populations urbaines. Il est responsable en particulier de perturbations du sommeil. Les politiques publiques intègrent progressivement l’importance de la question du bruit environnemental et prévoient des mesures de limitation de l’exposition. Néanmoins, pour pouvoir mobiliser pleinement les acteurs sur le sujet, il est nécessaire de renforcer la connaissance des liens entre l’exposition au bruit et la santé, notamment à travers l’effet du bruit sur le sommeil. C’est tout l’objet de la fiche action 4.4 du PRSE4. Dans le cadre de cette fiche action, de premiers enseignements ont été livrés grâce aux résultats de l’étude SOMNIBRUIT qui ont été publiés en décembre 2025.

L’étude SOMNIBRUIT en quelques mots

Lauréate du premier appel à projets Santé-Environnement lancé conjointement en 2023 par le Health Data Hub (HDH) et par l’Ecolab du Commissariat général au développement durable, et réalisée sur 18 mois (fin 2023 à mi 2025), l’étude SOMNIBRUIT a rassemblé les expertises de différents partenaires scientifiques  : Bruitparif (pilote de l’étude), l’Observatoire régional de santé Île-de-France (ORS ÎdF), le laboratoire Vigilance, fatigue, sommeil et santé publique (VIFASOM) de l’Université Paris Cité et le Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel Dieu (AP-HP).

La Ville de Paris a également été associée au projet en tant que partenaire institutionnel et public cible concerné par les enjeux du bruit nocturne.

Selon une analyse épidémiologique de type géographique (étude écologique), SOMNIBRUIT visait à mieux connaître et quantifier les effets du bruit environnemental sur les troubles chroniques du sommeil de type insomnie au sein de la zone dense francilienne qui regroupe 432 communes et 20 arrondissements parisiens, pour une population totale de 10,5 millions d’habitants.

Principaux enseignements

L’étude SOMNIBRUIT a fait preuve d’originalité à double titre. Tout d’abord, elle a pu décrire, à l’échelle communale, le taux de patients atteints de troubles du sommeil par le biais des remboursements de psychotropes à visée hypnotique prescrits. Ensuite, elle a pris en compte, non seulement le bruit provenant des transports (trafic routier, ferré et aérien) mais aussi, selon une approche inédite, celui lié aux activités récréatives nocturnes (terrasses des cafés, bars et restaurants) , encore peu documenté dans la littérature scientifique.

Les résultats obtenus qui portent sur les années 2019 à 2021 montrent qu’en zone dense francilienne :

  • Environ 510 000 personnes sont concernées chaque année par un remboursement de médicaments pour troubles chroniques du sommeil ;
  • Près de 76 % de la population (soit environ 8 millions de personnes) sont exposés la nuit à un niveau de bruit routier qui dépasse la recommandation de l’OMS (soit un niveau de bruit routier de 45 dB(A) à ne pas dépasser entre 22 heures et 6 heures du matin) ;
  • Une augmentation du niveau de bruit nocturne est associée à une augmentation significative du remboursement de médicaments pour lutter contre l’insomnie, et ce, quelle que soit la source de bruit ;
  • Des différences dans l’ampleur de l’effet du bruit environnemental sont observées selon la source, les associations sont plus fortes pour le bruit routier, suivi du bruit récréatif, du bruit aérien et du bruit ferroviaire ;
  • Par ailleurs, l’effet est plus marqué pour les personnes ayant plus de 50 ans, chez les femmes et dans les zones les plus défavorisées socio-économiquement.

Ces résultats suggèrent que le bruit routier constitue la nuisance sonore la plus préoccupante en zone dense francilienne du fait que cette source de bruit est celle qui expose le plus massivement les habitants de la zone d’étude.

Les résultats issus de la modélisation de l’exposition au bruit lié à la vie récréative, bien qu’évaluée de manière simplifiée, suggèrent que ce type de bruit constitue une nuisance non négligeable dans certains quartiers, notamment parisiens, et pourrait également contribuer de manière significative à la prévalence de troubles chroniques du sommeil.

Enfin, à titre d’illustration, un scénario de respect des recommandations de l’OMS pour le bruit nocturne a été testé : il permettrait d’éviter plus de 15 000 personnes traitées pour insomnie chronique, soit une baisse de près de 3 %.

En termes de santé publique, les résultats obtenus dans l’étude SOMNIBRUIT corroborent l’hypothèse selon laquelle le bruit constitue un déterminant environnemental des troubles chroniques du sommeil. Ils renforcent la nécessité d’intégrer le bruit dans les politiques de prévention des troubles du sommeil et d’élargir la prise en compte des nuisances sonores urbaines au-delà du bruit des transports.

Publication et ressources

Publications

L’étude SOMNIBRUIT a fait l’objet de plusieurs publications :

Un podcast de présentation de l’étude et de ses principaux résultats est également à retrouver sur France Culture.

Algorithmes en open source

Les algorithmes développés par Bruitparif et l’ORS Île-de-France dans le cadre de SOMNIBRUIT pour traiter d’une part les données de bruit et construire d’autre part l’indicateur de santé, ont été mis en accès libre et en open source sur l’espace GitLab du HDH.
Vous pouvez y accéder en cliquant sur les liens suivants :

Pour aller plus loin, un webinaire bruit-santé

Un webinaire a été organisé par Bruitparif et l’ORS Île-de-France pour présenter les principales connaissances disponibles à ce jour concernant les effets extra-auditifs du bruit sur la santé. Vous pouvez retrouver le replay de ce webinaire sous ce lien

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