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Les « Nounous écolos »

publié le 28 janvier 2019

Limiter l’exposition des enfants gardés à domicile aux polluants environnementaux en formant des « Nounous écolos ». C’est l’ambition du projet porté par l’association Itawa dans le cadre de l’appel à projet PRSE3 lancé par l’ARS et la DRIEE franciliennes.

Quels sont les objectifs de votre projet ?

En 2016 en Île-de-France, 93.000 enfants de moins de 3 ans étaient gardés à domicile par des auxiliaires parentales ou des assistantes maternelles ; et le chiffre est en constante augmentation depuis 10 ans. Il nous a donc semblé urgent d’agir auprès de ce public peu visible pour leur permettre de créer un environnement sain pour les enfants dont elles ont la garde.

Le projet des « Nounous écolos » Itawa s’adresse aux gardes d’enfants à domicile, qu’elles soient auxiliaires parentales ou assistantes maternelles, c’est à dire qu’elles gardent l’enfant au domicile des parents ou chez elles.

Il poursuit 3 objectifs :

  • Améliorer la qualité de l’air intérieur des lieux de garde des enfants en limitant leur exposition aux produits toxiques présents dans l’environnement quotidien. On sait aujourd’hui que la période des 1000 jours - de la conception de l’enfant jusqu’à ses 2 ans - est une période d’extrême vulnérabilité où chaque exposition à un polluant peut avoir des conséquences graves, parfois irréversibles sur le développement de l’enfant et donc sur sa santé future. De plus, les enfants entre 0 et 3 ans passent au moins 90% de leur temps dans des lieux clos. Il est donc primordial de créer un environnement sain pour les enfants.
  • Renforcer l’employabilité des participantes en les aidant à valoriser leurs compétences sur un sujet de préoccupation croissant des parents.
  • Diffuser les bonnes pratiques et contribuer à réduire les inégalités de santé, puisqu’elles deviendront des relais d’information auprès de leurs employeurs mais aussi dans leur entourage.

Crédit photo : Ellen Jacob

Comment va-t-il se dérouler ?

La formation des « Nounous écolos » compte 21h de cours réparties en 7 modules.
Deux possibilités pour les nounous en fonction de leur situation professionnelle : intégrer le groupe des mardis ou des samedis. A raison d’un module toutes les 2 semaines, la formation s’étend sur une période de 2 mois 1/2, ce qui permettra un temps de « digestion » de l’information, le démarrage du passage à l’action et un accompagnement pendant cette période.
Le contenu de la formation est articulé autour d’apports théoriques, pratiques et basé sur une grande diversité d’outils pédagogiques et participatifs pour permettre une appropriation optimale. L’objectif est qu’elles deviennent des expertes capables de réaliser un petit diagnostic et de mettre en place des solutions concrètes et accessibles.
Chaque module comptera donc une partie théorique et une partie pratique, de fabrication de produits par exemple. Initialement nous avions envisagé de distinguer les deux avec des ateliers spécifiquement théoriques, d’autres spécifiquement pratiques : mais l’expérience nous montre finalement que la combinaison des deux permet une capitalisation bien plus grande sur l’un et sur l’autre, et une meilleure mobilisation des participantes.
Il est également prévu qu’elles puissent avoir un accès personnel au site de l’association Itawa où elles pourront retrouver des supports de cours et des contenus spécifiques. Un groupe WhatsApp est déjà créé avec les inscrites pour commencer à échanger et impulser cette dynamique de réseau.

La formation est également l’occasion d’aborder des thématiques émergentes chez les parents, comme par exemple l’utilisation des couches lavables ou la fabrication de produits maison.

La formation des nounous écolos est co-portée avec l’association Gribouilli (l’association des auxiliaires parentales d’Île-de-France) qui travaille à l’optimisation du trio parents-nounous-institutions. Elle fédère plus de 400 auxiliaires parentales et assistantes maternelles et organise gratuitement des ateliers de professionnalisation à destination des nounous 2 fois par semaine.
Les modules de la formation auront lieu en parallèle des activités de Gribouilli pour s’inscrire dans une continuité, et dans les mêmes locaux, à la Maison des Associations du 18ème. Le fait de passer par l’association et de participer aux activités est loin d’être neutre : cela permet d’établir plus rapidement la confiance avec des participantes qui ont besoin qu’on leur montre l’intérêt de la démarche pour leurs propres pratiques professionnelles, cela leur permet aussi de se croiser, d’échanger et de partager plus facilement. 10 à 15 participantes par groupe se réuniront dans ce cadre à partir du mois de janvier, et d’autres sessions sont déjà prévues pour répondre à la demande enthousiaste des nounous !

En quoi ce projet est-il innovant ?

La 1ère originalité de ce projet tient au public à fort impact social auquel s’adresse la formation : les gardes d’enfants à domicile. A la fois incontournables, puisque 60% des parents n’obtiennent pas de place dans les crèches publiques et doivent se tourner vers d’autres modes de garde ; elles sont pourtant peu prises en compte par les institutions et restent peu visibles dans le paysage de la petite enfance. Elles souffrent également du manque de reconnaissance de leurs compétences et pâtissent parfois de préjugés liés à la profession. Même si paradoxalement elles se voient confier ce que les parents ont de plus cher, elles peuvent être considérées comme peu capables de transmette des choses ou de faire évoluer nos pratiques quotidiennes… Au contraire, beaucoup peut être fait avec elles et grâce à elles.

La 2ème originalité découle de la première. En permettant aux nounous de devenir des actrices à part entière de l’amélioration de l’environnement des enfants dont elles s’occupent, on touche un public vulnérable qui reste encore trop peu sensibilisé à ces questions, parce que jugé à tort comme moins réceptif. La méconnaissance du sujet est pourtant très partagée et peu de gens savent par exemple que l’air intérieur peut être jusqu’à 5 fois plus pollué que l’air extérieur. C’est donc vraiment un enjeu de santé publique, et de mobilisation complémentaire de publics différents. Plus il y aura de personnes formées et sensibilisées, à travers l’ensemble de la société, plus vite les pratiques pourront évoluer. Et n’oublions pas que les nounous ont dans la majorité des cas une partie de leur famille dans leur pays d’origine et qu’elles feront donc également circuler l’information au-delà des frontières.

Enfin, le dernier élément renvoie comme le précédent à la réduction des inégalités sociales et permet de contribuer à l’empowerment de ces femmes. Elles auront en effet accès à une information qui préoccupe de plus en plus les parents et pourront même se positionner vis-à-vis des autres modes de garde comme des « précurseurs ». Elles vont en quelque sorte prendre de l’avance et pouvoir se distinguer grâce à cette valeur ajoutée.
Ce sont des éléments très importants pour elles en termes de valorisation et de confiance en elle.
Un module de la formation est d’ailleurs totalement dédié à la professionnalisation et co-construit avec Gribouilli : comment intégrer ces nouvelles compétences dans leur CV et dans leurs futures entretiens d’embauche? Mais aussi comment en parler aux parents pour qui elles travaillent actuellement ?

A terme, c’est même la création d’un « label », une reconnaissance plus officielle, que nous souhaitons mettre en place avec différents partenaires. Un label « nounous écolos » qui permettrait d’aller plus loin encore dans la diffusion de l’information et dans la reconnaissance de leur rôle, et donnerait une envergure nouvelle à la démarche.