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Emissions de dioxines bromées : résultats des études récentes

publié le 25 novembre 2019

En complément des études nationales, l’action 2 .3 du plan régional santé environnement d’Ile-de-France (PRSE 3) a pour objectif d’améliorer la connaissance autour des polluants émergents en Ile-de-France.

Que sont les dioxines et les furanes ?

Les dioxines et les furanes sont des composés organo-chlorés, constitués de deux cycles aromatiques, que l’on regroupe généralement sous le terme « dioxines ». Ces composés se forment essentiellement lors de phénomènes de combustion mal maîtrisés ou dont l’efficacité n’est pas maximale. Les dioxines sont des composés stables, peu biodégradables et très solubles dans les graisses. Elles présentent donc un potentiel important d’accumulation dans les sols, les sédiments et les tissus organiques.
Les principales sources d’émission des dioxines sont l’incinération de déchets et la métallurgie. Initialement, les préoccupations autour de l’émission de dioxines et de leur devenir dans l’environnement concernaient les dioxines chlorées, largement prédominantes, ce qui a conduit à mettre en place des dispositions réglementaires pour ces substances.
Deux familles de ces composés peuvent être distinguées : les chlorés et les bromés.

Les dioxines chlorées

Parmi les 210 molécules identifiées comme dioxines, seules les 17 plus toxiques sont habituellement analysées. La 2,3,7,8 tétrachlorodibenzodioxine, ou « dioxine de Seveso » (en référence à la catastrophe écologique et sanitaire de 1976 en Italie), est considérée comme la plus toxique.
Depuis les années 1990, les émissions de dioxines et furanes chlorées des sources d’émission industrielle ont baissé de manière très significative suite à des évolutions technologiques (aciéries, cimenteries et fours à chaux avec co-incinération, unités de combustion utilisant un combustible solide, usines d’incinération d’ordures ménagères).

Les dioxines bromées

La présence, dans les déchets, de composés organiques bromés et plus précisément de retardateurs de flamme bromés, notamment dans les textiles et les plastiques pourrait conduire à des émissions de dioxines bromées.
Bien que les conséquences sur la santé des dioxines bromées soient beaucoup moins documentées que celles des dioxines chlorées, plusieurs articles scientifiques recommandent aujourd’hui de considérer des niveaux de toxicité comparables.

Pour en savoir plus sur les dioxines et leurs effets sur la santé cliquez ici.

L’action 2.3 « Identifier les sources de polluants émergents et mesurer la contamination des milieux » du PRSE 3

Dans ce contexte, il est apparu pertinent d’inscrire une action dans le PRSE 3 dont l’objectif est d’étudier les dioxines bromées et notamment d’en identifier les sources d’émission, de mesurer les émissions de ces composés pour les sources identifiées et le cas échéant de mesurer la contamination dans les milieux.

Pour en savoir plus sur l’action 2.3 du PRSE, cliquez ici

L’étude de l’INERIS sur les émissions de dioxines bromées lors de feux accidentels de déchets

Dans le cadre de l’action du PRSE 3, des essais de brûlage de matériaux susceptibles d’émettre des dioxines et furanes bromées ont été menés par l’Ineris de mai à juin 2018 au sein de la chambre de 1000 m3 de sa plateforme incendie. L’objectif est d’améliorer les connaissances sur les dioxines et furanes bromés pouvant être émis par les feux de déchets.
Les essais ont permis de mesurer les émissions de ces composés lors de la combustion de différents types de matériaux susceptibles de contenir des composés bromés et en particulier des retardateurs de flamme bromés : voiture, banquettes, appareils électroménagers, plastiques, CSR (combustibles solides de récupération) et câbles électriques.
Les résultats de cette étude expérimentale confirment l’émission de dioxines bromées lors du brûlage de déchets contenant des composés bromés. Des facteurs d’émission très variables sont obtenus selon les déchets étudiés, très probablement en fonction de leurs teneurs en chlore et en brome. Les matériaux pour lesquels les dioxines bromées peuvent contribuer de manière majoritaire à l’équivalent toxique global sont notamment les CSR, les gros appareils électroménagers et les véhicules, qui sont connus pour contenir des retardateurs de flamme bromés.
Le détail des résultats expérimentaux peut être consulté dans le rapport de l’INERIS

Pour télécharger le rapport, cliquez ici.

L’étude de l’INERIS sur la caractérisation des émissions de dioxines bromées des incinérateurs de déchets non dangereux

L’Ineris, dans le cadre de ses missions d’appui à la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) du Ministère chargé de l’Environnement, a réalisé une campagne de mesurages de dioxines et furanes bromés à l’émission de plusieurs incinérateurs de déchets non dangereux.
Cette campagne de prélèvements et d’analyses a pour objet de faire un état des lieux des éventuels rejets de dioxines et furanes bromées (PBDD-DF) et polychlorobiphényles (PCB) par les incinérateurs français à partir d’un échantillonnage de quelques installations (14 unités d’incinération d’ordures ménagères, 27 mesurages effectués au total).

Les résultats obtenus mettent en évidence les points suivants :

  • les teneurs en équivalent toxique (en retenant des facteurs équivalents toxiques (nommés I.TEQ) identiques à ceux des congénères chlorés comme recommandé par les experts consultés par l’OMS) sont toutes inférieures à 0,01 ng I.TEQ/m³ à l’exception d’une valeur (0,059 ng I.TEQ/m3). À titre de comparaison, la valeur limite d’émission en dioxines chlorées est de 0,1 ng I.TEQ/m³. Aucun des incinérateurs ne dépassait donc cette valeur pour les dioxines bromées ;
  • les teneurs en dioxines et furanes bromées, en équivalent toxique, sont généralement inférieures ou du même ordre de grandeur que les teneurs en dioxines et furanes chlorés (PCDD-DF). Elles correspondent en moyenne à 50% environ de cette dernière ;
  • la prise en compte des émissions de PBDD-DF ne semble pas de nature à changer l’appréciation du risque autour des installations sauf si celles-si se surajoutent à des émissions de dioxines chlorées qui seraient déjà à des niveaux relativement proches des valeurs-repères. Dans ces cas, l’influence des émissions de PBDD-DF devra être examinée en tenant compte des incertitudes portant sur l’évaluation et en s’appuyant, dans la mesure du possible, sur des mesures de l’installation.
Pour télécharger le rapport, cliquez ici.

L’étude d’Airparif sur les dioxines chlorées et bromées dans l’air ambiant

Airparif a réalisé entre octobre et novembre 2017 des mesures de dioxines chlorées et bromées dans l’air ambiant, à proximité de sources diffuses - avec de potentiels brûlages non maîtrisés de déchets verts ou domestiques - et dans les zones de retombées des panaches d’incinérateurs pour comparaison à des milieux où les mesures de retombées de dioxines sont plus fréquentes. Les résultats des mesures à proximité des incinérateurs indiquent des niveaux moyens de dioxines comparables à ceux mesurés en milieu urbain. En revanche, des dépassements de valeur repère (pour les niveaux en air ambiant) de concentration en dioxines chlorées ont été mesurés et seraient imputables à des brûlages non maîtrisés de déchets. Sur ces mêmes sites, des niveaux de dioxines bromées élevés, relativement à ceux des dioxines chlorées, ont également été mesurés.

Pour télécharger le rapport, cliquez ici.

Perspectives

Dans le cadre du PRSE, la DRIEE envisage des mesures d’émissions de dioxines bromées dans d’autres industries franciliennes.

Pour en savoir plus sur l’INERIS : https://www.ineris.fr/fr et https://www.ineris.fr/fr/guide-strategie-prelevements-analyses-realiser-suite-accident-technologique-cas-incendie

Pour en savoir plus sur Airparif : http://airparif.fr/