Le projet « CRESPI » : étudier les conséquences de l’exposition aux produits nettoyants sur la santé des enfants accueillis en crèche

publié le 19 décembre 2018 (modifié le 29 juillet 2019)

Les produits nettoyants utilisés dans les crèches ont-ils des conséquences sur la santé des enfants accueillis? C’est ce que va étudier, le projet CRESPI porté par l’Inserm. S’inscrivant dans les priorités du 3ème Plan Régional Santé Environnement francilien, en particulier sur la réduction des risques environnementaux et la protection des publics vulnérables, ce projet bénéficie d’un co-financement accordé par l’Agence Régionale de Santé et la Direction Régionale Interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie.

Ce projet devrait réunir 2 000 enfants, leurs parents et 100 crèches en Ile-de-France.

Nicole Le Moual, épidémiologiste et responsable du projet, en explique ci-dessous les grandes caractéristiques.

Quels sont les objectifs de l’étude « CRESPI », que vous portez au sein de l’INSERM ?

Cette étude a pour objectif principal d’étudier l’impact des expositions aux produits nettoyants sur la santé, des très jeunes enfants, de 0 à 3 ans accueillis en crèche. Elle fait suite à d’autres programmes en France et à l’international, qui ont pointé des associations par exemple entre l’exposition de femmes enceintes ou de très jeunes enfants à certains sprays de nettoyage et le développement de pathologies respiratoires dans l’enfance : sifflements persistants notamment.

• Comment ce projet va-t-il se dérouler ?

Le programme de recherche va se déployer dans la plupart des départements franciliens. Il va associer une centaine de crèches. D’expérience, une structure sur quatre approchées pour ce type de recherche accepte : on a donc identifié 400 crèches par tirage au sort, auxquelles on proposera de s’insérer dans le projet. Les directeurs de crèches sont bien sûr libres de refuser. Tout se fait sur la base du volontariat.

Nous allons également sélectionner, cette fois-ci en approche directe, deux crèches pilotes pour tester dans un premier temps notre méthodologie, et vérifier qu’elle est bien acceptée par les personnels ou les parents. L’idée est aussi pour cette étude pilote de travailler si possible avec une structure ayant déjà de bonnes pratiques, par exemple qui utiliserait des produits « fait maison ».

Concrètement, une fois les crèches sélectionnées, l’étude mobilisera plusieurs moments et outils :

  • Avec le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), nous allons procéder à des mesures environnementales sur site. Le CSTB, qui est un partenaire important de l’étude, effectuera dans chaque crèche une visite d’une journée pour y faire un certain nombre de mesures et prélèvements, à la recherche de composés organiques semi volatiles ou volatiles notamment ceux associés aux produits de nettoyage. Le CSTB proposera aussi un questionnaire très précis sur la manière dont le nettoyage s’effectue, dont la crèche est ventilée etc. pour comprendre les pratiques aussi précisément que possible.
  • De notre côté, nous proposerons également un questionnaire épidémiologique aux personnels des crèches afin d’évaluer d’éventuelles problématiques de santé en lien avec des activités professionnelles.
  • Surtout, nous allons recueillir de nombreuses informations pratiques grâce à des applications smartphones qui seront mises à disposition des personnels – personnels d’encadrement d’enfant, de nettoyage – afin qu’ils puissent nous renseigner sur l’utilisation de tel ou tel produit de nettoyage. Il leur suffira de scanner le produit et de répondre à quelques questions : sur la fréquence d’utilisation, l’usage (par exemple : pour nettoyer des jouets ? la table à langer ? les locaux ?), la forme sous laquelle le produit est utilisé (gel, liquide ou spray), avec ou sans protection…
  • Enfin des outils standardisés similaires (questionnaires et applications) seront proposés aux parents volontaires pour qu’ils puissent également participer à l’étude depuis chez eux. Ils auront également alors la possibilité de remplir un questionnaire épidémiologique et une application Smartphone sur la santé respiratoire de leur enfant ; voire, pour ceux qui le souhaiteront, réaliser deux prélèvements nasaux à leur enfant avant d’en transmettre l’échantillon à notre équipe (soit le seul examen clinique proposé pour cette étude). Nous espérons recruter environ 2 000 enfants de cette manière que nous pourrons suivre jusqu’à fin 2022.

• En quoi ce projet est-il innovant ?

Il est innovant à plusieurs titres. D’abord par l’utilisation de smartphones (qu’on fournira au besoin pour le temps de l’étude), tant pour l’utilisation des produits de nettoyage que le suivi de la santé respiratoire des enfants, qui facilitera le recueil et le traitement de données par notre autre important partenaire, EPICONCEPT, qui développe des systèmes d’information sécurisés et est agréée dans l’hébergement des données de santé.

Ensuite, si la question des liens entre exposition à des produits nettoyants et certaines pathologies respiratoires est explorée depuis quelques années, c’est à ma connaissance la première étude de la sorte qui soit conduite dans une crèche.

Enfin et peut-être surtout, parce qu’il impliquera l’ensemble des professionnels de crèche, et jusqu’aux parents eux-mêmes, activement. C’est aussi quelque part les rendre acteurs de la recherche, et leur permettre ainsi de mieux prendre conscience de ces enjeux.


Plus d’informations sur les activités de l’INSERM sur son site
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